Parabole du berger qui rêvait de puces

Le lecteur averti percevra l’écho suggestif du récit parabolique dès les premières lignes de ce livre, une sonorité projetée tout au long du récit par la voix de l’oncle Isho, personnage dont la présence au début et à la fin contribue à mettre en évidence la parcours circulaire d’apprentissage de la vie. C’est un texte à l’intention explicite d’instruction, destiné à un lecteur en phase de formation qui atteindra sans aucun doute la morale.

Outre l’intention, avons-nous dit pour renforcer sa qualité de parabole, il y a une euphonie qui marque la pulsation et la cadence du texte, une clé qui révèle le métier d’écriture, surtout dans le champ poétique. Cósimo Mandrillo est poète, essayiste et spécialiste de la fiction pour enfants et adolescents, ce travail devient donc une sorte de carrefour créatif.

« Conspiracy in the market » condense l’aventure intrépide de Taluha, un adolescent de l’ethnie Wayuu, lors de sa première et peut-être unique incursion dans le monde des « alijunas », c’est-à-dire celui qui se déroule en dehors de la culture originelle de La Guajira. Ce « tour » baptismal de reconnaissance du protagoniste résonnera de manière évocatrice dans l’esprit des lecteurs de Don Quichotte -en respectant la distance avec la référence Cervantine-, tel est son parcours géographique symbolique à travers un périmètre relativement restreint mais particulièrement transformant la personnalité.

Et c’est que s’il y avait un point sur la planète où deux mondes aussi dissemblables pourraient alterner, ce serait celui qui sert d’intermédiaire entre la ville populeuse de Maracaibo et la terre péninsulaire, une frontière à son tour entre deux nations, un territoire où leurs races se rencontrent, ils résistent au processus naturel d’intégration, se méfiant les uns des autres à travers les siècles.

On parle de cultures extrapolées : l’une réaffirmée dans sa pureté originelle, l’autre revendiquant sa diversité ; l’un autosuffisant dans sa simplicité, l’autre fier de son chaos distinctif. Pourquoi un noble individu du premier serait-il attiré par les promesses illusoires du second ? C’est exactement ce que cette histoire recrée.

Taluha subira cruellement son mauvais sort, et à travers elle nous comprendrons ce qui régit les vagues de nouveaux arrivants, « des enfants arrachés à La Guajira, leurs maisons et leurs familles pour les emmener avec de fausses promesses à Maracaibo. Une fois là-bas, ils vivent dans des conditions terribles, contraints d’exécuter tous les ordres qui leur sont donnés et de se mettre, fréquemment, hors la loi ».

La narration dérivera alors vers la mise à nu de cette activité criminelle, épanouie dans l’ombre dure d’une ville isolée. Comme dans l’ouverture répétée de certaines boîtes chinoises, cet enfer jaillit d’un autre, vaste et souverain, le royaume de la permutation commerciale, déjà évoqué par le titre du livre, le soi-disant « Mercado de las Flegas » dans la capitale de Zulia, une région où ils opèrent tour à tour de nouvelles races, tout aussi obstinées, mais cruelles et vindicatives. Peut-être tenté par l’exubérance de cet environnement perfide, l’accent descriptif de « Conspiracy in the market » est légèrement ajusté, concourant à la piste des victimes et des auteurs, un spectre abrégé de personnages qui finissent par justifier la partie la moins romancée du livre.

La courbe de l’aventure de Taluha s’allonge progressivement sur le dernier tiers de l’ouvrage, dans la description duquel l’auteur révèle sa connaissance non seulement des confins où se déroulent les événements mais aussi de la spiritualité d’un peuple pour lequel il éprouve respect et sympathie. .

Edité par Monte Ávila Latinoamericana, ‘Conspiracy in the market’ peut être téléchargé gratuitement ici.

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